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L'interview d'Hervé Prononce, président de Clermont Auvergne Métropole

24/06/2026 Ma Métro

2026 marque un nouveau départ pour la Métropole clermontoise. Au lendemain des élections municipales, son assemblée est renouvelée à 64 %. De nouveaux élus métropolitains, issus des 21 communes membres, font leur entrée dans cette dynamique collective. Sous l’autorité du nouveau président, Hervé Prononce, et aux côtés de leurs collègues plus expérimentés, ils contribueront à imaginer et construire les politiques publiques des six prochaines années. Découvrez dans cette interview la vision d'Hervé Prononce pour la métropole clermontoise.

 

Quel est votre état d’esprit au début de votre mandat de Président de Clermont Auvergne Métropole ?

J’aborde ce mandat avec sérénité et un grand sens des responsabilités. Présider une Métropole, c’est porter un projet collectif, répondre aux attentes des habitants, travailler avec les élus des 21 communes et mieux faire comprendre son utilité. Je souhaite une institution encore plus humaine, accessible et attentive aux réalités des habitants, des communes, des associations et des acteurs économiques.

La notion de proximité semble primordiale à vos yeux.

Oui, parce que c’est ma boussole. Une Métropole ne fonctionne durablement que si elle reste connectée au terrain. Trop souvent, les habitants la perçoivent comme lointaine et technique. J’irai régulièrement sur le terrain à la rencontre des habitants, des entreprises, des associations, des élus et des agents. D’ici début 2027, j’aurai visité à peu près toutes les communes. C’est essentiel pour écouter, comprendre, expliquer et faire remonter les besoins.

Comment envisagez-vous le rôle de Président de la Métropole ?

Je veux être un président de rassemblement et de dialogue. Notre territoire a besoin d’une gouvernance apaisée, partagée, respectueuse de toutes les communes. La Métropole doit être un espace de coopération. Elle ne doit pas imposer d’en haut, mais construire avec les communes : faire ensemble ce qui est plus efficace à plusieurs, en respectant l’identité et la place de chacun.

Vous êtes aussi maire du Cendre. Comment articulez-vous ces responsabilités ?

Il faut trouver le bon équilibre. Je suis maire du Cendre depuis 31 ans, et cette expérience est une force. Une commune, ce sont des habitants que l’on connaît, des situations concrètes, des services publics à faire vivre. Cela oblige à garder les pieds sur terre. Je continuerai à recevoir les Cendrioux en mairie. Ce contact direct est irremplaçable et nourrit ma vision de la Métropole : même à l’échelle de 21 communes, il faut rester proche, simple et disponible.

Comment travaillerez-vous avec Clermont-Ferrand, la ville-centre ?

Je souhaite construire une relation de confiance, de dialogue et de complémentarité avec la ville-centre et son maire, Julien Bony. Nous devons avancer ensemble sur les mobilités, l’aménagement, la sécurité, l’économie, la transition écologique, les grands équipements. Clermont-Ferrand a une place particulière dans l’équilibre métropolitain, qui doit toujours respecter toutes les communes. Mon objectif est simple : coopérer dans le respect mutuel.

Après une mandature d’investissements importants, quelle trajectoire pour la Métropole ?

Je m’inscris dans la continuité de l’esprit métropolitain que nous avons fondé : solidarité et coopération avec toutes les communes. Des projets importants ont été engagés : Bibliothèque Métropolitaine de l’Hôtel-Dieu, réseau InspiRe, stade Gabriel-Montpied. Il faut les mener à leur terme. Mais la continuité n’empêche pas l’adaptation. Mon rôle est de consolider ce qui a été engagé, tout en regardant avec lucidité ce qui peut être amélioré, notamment certaines mesures liées au réseau de transport, qui peuvent nécessiter des ajustements pour fluidifier davantage la circulation. Il faut tenir un cap, mais aussi écouter habitants, usagers et communes : ne pas renier les projets utiles, mais les faire vivre de manière concrète, soutenable et adaptée au terrain.

Quelle tonalité souhaitez-vous donner à ce mandat ?

La période nationale et internationale est délicate. La dette de l’État — 3 500 milliards d’euros —, comme le contexte international, pèsent sur nos marges financières. Cela impose la prudence. Il faudra continuer à investir, car une Métropole qui n’investit plus renonce à préparer l’avenir. Mais nous devrons préserver nos équilibres budgétaires et prioriser les projets utiles. Je crois à une gestion fondée sur le bon sens, l’efficacité et la solidarité entre les communes.

Quelles seront vos priorités ?

La première priorité, c’est la proximité. La Métropole doit être perçue comme un partenaire du quotidien capable d’apporter des réponses concrètes aux habitants, aux communes et aux acteurs du territoire. La deuxième, c’est le soutien au monde économique. Entreprises, artisans, commerçants, acteurs de l’innovation et de l’emploi sont essentiels à la vitalité du territoire. Je veux aller davantage à leur rencontre, comprendre leurs besoins, accompagner leurs projets et faire de la Métropole un partenaire facilitateur. Enfin, la troisième priorité, c’est la transition écologique et énergétique. C’est sans doute le défi majeur des années à venir.

Justement, comment la Métropole répondra-telle aux enjeux climatiques ?

Le changement climatique est déjà une réalité. Nous venons de vivre une canicule en mai ! Sécheresses, fortes précipitations : nous en voyons les effets. En tant qu’agriculteur, je le constate encore plus directement. Nous devons nous adapter et accélérer nos transitions : transports en commun, mobilités douces, végétalisation, désimperméabilisation des espaces urbains, mais aussi réflexions de fond sur l’eau et l’énergie. La réutilisation de l’eau deviendra stratégique. Nous devons aussi préparer les futures évolutions des transports et les technologies de demain : électrique, hydrogène ou autres innovations. C’est indispensable, par exemple pour anticiper le devenir de la ligne A du tramway, dont la fin de vie est prévue dans une dizaine d’années. Nous travaillons aussi avec la Région sur le Service Express Régional Métropolitain, pour améliorer la desserte de la ville-centre en renforçant l’offre ferroviaire et en la complétant par d’autres modes, comme le vélo. Cette réflexion doit avancer en parallèle de la liaison avec Paris. Le territoire attend une amélioration concrète. Les rames Oxygène sont annoncées pour 2027, et nous serons très attentifs à ce calendrier.

La Métropole peut-elle agir dans le domaine de la sécurité ?

La sécurité reste d’abord une compétence de l’État et des maires. Mais cela ne veut pas dire que la Métropole n’a aucun rôle à jouer. Elle peut être un espace d’accompagnement, de coordination et de soutien des communes. C’est un sujet important, car il touche au quotidien, au sentiment de tranquillité, aux espaces publics et aux transports. Lors des débordements en marge de la finale de la Coupe d’Europe à Clermont, les agents de la Métropole ont été mobilisés aux côtés de ceux de la Ville. Merci à eux. La Métropole peut aussi être un laboratoire. Avec les maires qui le souhaitent, nous pouvons imaginer des solutions adaptées aux bassins de vie : mise en commun de certaines forces de police municipale, mise à disposition d’images de vidéoprotection à la police nationale, travail spécifique sur la police des transports. L’objectif n’est pas d’imposer un modèle unique, mais de permettre aux communes volontaires de travailler ensemble, avec pragmatisme et dans le respect des compétences de chacun.

Quel regard souhaiteriez-vous que les habitants portent sur la Métropole à la fin du mandat ? 

J’aimerais qu’ils voient la Métropole comme une institution utile, concrète et proche d’eux. Une Métropole, ce n’est pas seulement une assemblée ou des compétences administratives. C’est l’eau, les transports, les déchets, les équipements culturels, les piscines, les bibliothèques, les grands projets, les services publics du quotidien. Elle agit souvent sans être identifiée. Si, à la fin du mandat, les habitants la jugent plus humaine, plus accessible, plus efficace, et utile à leur quotidien, alors nous aurons réussi ensemble quelque chose d’important.

Et quelle image aimeriez-vous laisser ?

Cela a peu d’importance, mais à travers l’image de notre Métropole, j’aimerais que l’on dise que j’ai été un président à l’écoute, respectueux des territoires, attaché au dialogue et au rassemblement. Un président qui a fait avancer les projets avec pragmatisme, sans perdre le contact avec le terrain. Un président avec du bon sens paysan : l’attachement au réel, à ce qui fonctionne, à ce qui est utile et se construit dans la durée. •